Où sont passées les SHS ?

Il est assez simple de délimiter le champ des Sciences Humaines et Sociales à travers par exemple les différentes nomenclatures largement utilisées dans l’enseignement supérieur et la recherche (sections CNU, section CNRS, Institut CNRS, ERC…). Les établissements définissent de même assez facilement ce champ lorsqu’ils regroupent les disciplines dans des grands secteurs de recherche : le secteur des Disciplines juridiques, économiques et de gestion ou le secteur Lettres et sciences humaines et sociales. Bref, il n’y a pas de souci particulier à définir ce champ. La question devient plus compliquée lorsque qu’il convient d’apprécier si ce champ compte et pour combien dans le paysage scientifique.

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Bien sûr chacun ira de ses méthodes d’appréciation quantitative (nb de chercheurs relevant des sections idoines, nb d’étudiants, nb de publications …) et peut-être commencera-t-on sur certains aspects à se chamailler sur le fait que certains outils bibliométriques ne prennent pas en compte suffisamment le champ des SHS (WOS par exemple). Si nous visons les ranking internationaux cela peut se comprendre … et inciter les universités pluridisciplinaires à peser sur le développement et l’utilisation de méthodes alternatives. L’important est de faire progresser les outils ou les lectures d’une certaine vision du monde de la recherche qui pour une raison ou une autre n’étaient pas faits ou adaptés à prendre en compte les SHS dans le paysage scientifique.

Mais laissons de côté ces réflexions et allons voir sur le terrain de l’Université de Bourgogne où sont les SHS. Elles ont leur Maison dont l’idée de la naissance, puis la période de gestation et enfin la construction ont été largement soutenues. Merci aux présidents qui ont œuvré sans relâche pour cela. Au cours de la présidence actuelle, on notera également un fait majeur : l’inauguration de l’œuvre majestueuse Liquid Knowledge (commandée au cours de la présidence précédente) au sein de la MSH que je vous invite à aller admirer.

Posons plus clairement la question : où sont les SHS dans le paysage scientifique à l’uB actuellement ? Elles comptent et elles sont essentielles et elles sont importantes et je dirai même plus … sans les SHS il n’y aurait tout simplement pas de sciences à l’uB. Si l’interdisciplinarité est souhaitée ou imposée, alors les SHS deviennent rapidement un objet extraordinaire qui a la possibilité de se retrouver partout. Oui, mais dans quelle mesure ? Justement, on ne sait pas et on ne souhaite pas répondre clairement à cette question. Quelques exemples suffiront pour illustrer cela. Dans la stratégie de Smart specialisation, comment ont été comptées les SHS ? Dans le projet I-SITE, peut-on lire quelque part le nombre de chercheurs ou d’enseignants chercheurs, relevant des SHS, impliqués dans le projet ? Dans les projets intégrés non connotés SHS (ceux-ci sont au nombre de 2), quels sont les laboratoires, les EC de SHS qui y sont intégrés ?

Sur cette dernière question posée en 2015, la réponse est la suivante : les SHS sont bien présentes et nous pourrions effectivement faire ce compte mais « je » ne crois pas que cela soit utile ni pour les SHS ni pour les autres sciences. Je pense tout à fait le contraire. C’est utile dans un souci d’information, de transparence et de progrès. Etre présent ou être partout ne veut rien dire. Etre quelque part, que cela soit peu ou beaucoup, devient le point de départ d’une réflexion et peut porter une stratégie de progrès.

Voyons le futur : la stratégie de progrès pour les SHS continuera-t-elle à être refusée par la présidence actuelle ?

Ma réponse est oui et sans ambiguïté. Dans les conseils centraux, CR et CFVU, là où les secteurs des SHS sont clairement identifiés (secteur 1 Disciplines juridiques, économiques et de gestion et secteur 2 Lettres et sciences humaines et sociales), les sièges attribués dans le collège A ont été divisés par 2 pour la CFVU (2 au lieu de 4) et réduits du tiers en CR (4 au lieu de 6, au bénéfice d’une augmentation de sièges dans les collèges uniques, sans garantie de représentation des SHS).  Sans doute que les indicateurs utilisés pour justifier cette décision existent. Il a fallu cependant une décision politique pour les mettre en œuvre, décision assumée de démontrer ainsi aux SHS qu’elles compteront demain moins que maintenant !

Catherine Baumont